Rencontre avec Manijeh Nouri

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À l’occasion de la parution aux Éditions de la Tarente du Concile des Oiseaux - Manteq ut-Tayr de ‘Attâr de Nishâbur, nous avons rencontré Manijeh Nouri, qui en signe la traduction française et les annotations.

Spécialiste de la poésie mystique persane, elle nous invite à redécouvrir ce grand texte du soufisme composé au XIIIᵉ siècle, dans lequel les oiseaux du monde, guidés par la huppe, entreprennent un voyage à la recherche de leur souverain, le mystérieux Simorgh.

Avec elle, nous revenons sur les défis que représente la traduction d’une telle œuvre, sur le sens des sept vallées traversées par les oiseaux et sur l’étonnante actualité d’un récit qui, huit siècles après sa composition, continue de nous interroger sur la connaissance de soi, nos illusions et le dépassement de l’ego.

Les éditions de la Tarente : Vous travaillez depuis de nombreuses années sur ‘Attâr et la poésie mystique persane. Qu’est-ce qui vous a personnellement conduite vers Le Concile des Oiseaux, et pourquoi avez-vous souhaité en proposer aujourd’hui cette nouvelle traduction ?

Manijeh Nouri :  Ma recherche pour savoir quel est le sens de ma vie et l’enseignement que j’ai reçu depuis ma jeunesse m’ont permis de découvrir ce chef-d’œuvre de la littérature universelle très tôt. Puis, j’ai choisi d’étudier à Bâle en Suisse la mystique persane avec professeur Frtiz  Meier, l’un des plus importants représentants germanophones de la mystique persane. Par cette traduction, je voulais partager avec les lecteurs, une expérience intérieure que je vis depuis longtemps en suivant cette poésie ; en même temps que de leur faire découvrir le regard d’un grand philosophe de la mystique persan qu’est ‘Attâr. 

Les éditions de la Tarente : Traduire un poème persan composé au XIIIᵉ siècle suppose de faire des choix entre fidélité au texte, musicalité et compréhension pour le lecteur contemporain. Quelle a été votre principale difficulté de traductrice et quels choix avez-vous faits pour restituer la voix de ‘Attâr ?

Manijeh Nouri : La fidélité au texte était mon premier objectif. Pour restituer la voix de ‘Attâr, j’étais accompagnée, pendant ces 8 année de traduction, par trois éminents professeurs :
Père Jean-Hugo Tisin, Mohammad Reza Shafii Kadkani et Abdul Ghafoor Ravan Farhadi.
J’ajoute que l’édition remarquable en persan du Professeur Shafii Kadkani avec beaucoup d’explications et d’annotations m’a permis de comprendre la poésie de ‘Attâr. 
Les difficultés étaient surtout au niveau d’une langue persane ancienne de la région de Khorassan (Nord-Est de l’Iran), et la terminologie mystique, puis les références persanes.
Le Père Jean-Hugo Tisin, grand connaisseur des mystiques indienne, chrétienne et juive a été pendant toute la période de la traduction le pilier solide pour la traduction de ces termes.

Les éditions de la Tarente : Les oiseaux traversent sept vallées avant d’atteindre le Simorgh et découvrent finalement que celui qu’ils cherchaient n’était autre qu’une partie d’eux-mêmes. Comment faut-il comprendre cette quête : comme un parcours soufi, une quête de connaissance de soi, ou les deux à la fois ?

Manijeh Nouri :  La quête de connaissance de soi est un long chemin que nous traversons durant toute notre vie. Notre part de l’humain que nous sommes durant cette quête est ouverture, patience, la passion du cœur et la modestie d’accepter notre destinée.
C’est ce que les oiseaux nous apprennent durant leur voyage vers leur roi Simorgh.
Même en arrivant au sommet de la montagne Qâf, pour rencontrer Simorgh, ils doivent encore renoncer à leur « égo ».

Les éditions de la Tarente : Le texte a huit siècles, mais les oiseaux de ‘Attâr sont confrontés à leurs peurs, leurs désirs, leurs illusions et leur difficulté à renoncer à leur ego. Qu’est-ce que Le Concile des Oiseaux peut encore dire à un lecteur de 2026 ?

Manijeh Nouri  : Sur le chemin de l’individuation, cela veut dire quelle est la raison de notre existence dans ce monde, l’être humain s’est posé toujours la question.
C’est ainsi qu’un lecteur, une lectrice du Concile des oiseaux en 2026 trouvera dans ce texte d’une portée universelle, la réponse à sa question : « qui suis-je, pourquoi suis-je sur cette terre ? »

Les éditions de la Tarente : Mohammad Reza Shafi’i Kadkani préface cette édition et apporte des clés pour replacer le poème dans son contexte. En quoi son regard permet-il au lecteur français d’entrer différemment dans l’œuvre de ‘Attâr?

Manijeh Nouri  : Professeur Shafi’i Kadkani a comparé 500 copies de manuscrits du Manteq ut-Tayr, Le Concile des Oiseaux. Son édition en persan, parue en 2004, est le résultat de ces 40 ans de recherches. Spécialiste de ‘Attâr, professeur Shafi’i Kadkani nous permet d’éviter toutes les légendes et interprétations que les éditions précédentes voulaient faire valoir au nom de ‘Attâr. « Il faut rencontrer ‘Attâr à nouveau », dit Shafi’i Kadkani.
Très riche en annotations et en explications cette édition nous permet de réaliser l’actualité de cette poésie pour un lecteur français de notre 21ème siècle.

À noter que Manijeh Nouri sera  présente le 14 novembre pour une séance de dédicaces à la librairie "Les Oiseaux Voyageurs", 2 rue Gauté à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (85800)

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